Fin du Monde
Homélie pour le dimanche 21 janvier 2012
Année B - 3ème dimanche du temps ordinaire
2012!
Le 12/12/2012!
Tremblez, braves gens, nous vous annonçons la fin du monde. C’est sûr, c’est le calendrier des Mayas qui le dit. Des annonces de fin du monde nous en avons connues d’autres, elles se succèdent et se ressemblent. Il est surtout étonnant qu’elles aient encore de l’écho!
Je me fais cette réflexion face aux textes du jour, qui nous invitent à réfléchir à ce que veut dire cette fin du monde. Le livre de Jonas raconte la conversion de la Grande ville Ninive devant la menace d’une destruction soudaine, en réalité pour inviter les lecteurs juifs à leur propre conversion. L’apôtre Paul affirme que le temps est limité, le monde est en train de passer. Et Jésus parcourt la Galilée en annonçant la venue de Règne de Dieu: les temps sont accomplis! Il y a sans doute un grand décalage entre les annonces récurrentes de fin du monde, qui se traduisent en film, en excitations diverses, sans qu’on prenne cela tellement au sérieux, et les propos bibliques sur l’accomplissement des temps.
D’ailleurs, qu’est ce que ça signifie, la fin du monde? C’est l’idée, de bon sens, mais le bon sens n’a pas toujours raison, que ce qui a un début aura une fin. Pour revenir au calendrier maya, nous avons appris, à l’occasion de ces annonces catastrophistes, qu’il s’agit d’un calendrier cyclique: plutôt que d’une fin du monde, il nous promettrait l’entrée dans une nouvelle ère… Voilà qui est bien plus rassurant, mais pas plus rationnel. Le temps a-t-il un début et une fin, ou bien est-il, à l’image des cycles annuels de la terre autour du soleil, une roue qui tourne sans fin? De même, l’histoire des hommes est-elle une flèche qui va on ne sait jusqu’où, portée par son élan, avant de retomber, ou bien est-elle un cycle recommencé de période de paix, et de guerre, de prospérité et de misère, «un temps pour bâtir, un temps pour démolir, un temps pour aimer, un temps pour haïr», dit le Sage dans le Livre de l’Ecclésiaste. La fin des temps est-elle un espoir de justice, quand les méchants sont punis et les justes récompensés, ou la crainte de catastrophes détruisant le monde et/ou l’humanité? Ou bien le temps n’est-il qu’un vaste chaos dans lequel les hommes érigent les frêles refuges de leurs réalisations, comme des enfants des châteaux de sable sur la plage, destinés à être bientôt emportés par la marée qui monte? Où sont les Egyptiens bâtisseurs de pyramides? Et, puisqu’on en parle, où sont les villes des Mayas, des Incas, des Aztèques, pavées d’or et de pierres précieuses?
La foi de l’Eglise, à la suite de la Bible, nous parle en effet de la fin des temps, et du retour du Seigneur quand les temps seront accomplis, pour une rénovation mystérieuse, un ciel nouveau et une terre nouvelle qui remplaceront le ciel et la terre anciens. Nous chantons cela à chaque eucharistie: nous proclamons sa mort et sa résurrection jusqu’à ce qu’il revienne… Avec le credo, nous disons: «Il reviendra dans sa gloire, pour juger les vivants et les mort, et son règne n’aura pas de fin». Mais aux disciples qui interroge Jésus pour savoir quand est-ce que cela doit être, il leur répond: «vous ne connaissez ni le jour, ni l’heure».
L’idée principale est que le temps passe, que la figure de ce monde passe, comme notre vie passe. Je crois très important ce rapport entre notre destinée personnelle et la destinée universelle. Comme si notre vie personnelle reprenait en résumé la destinée universelle. Nous en sommes en effet certain, la fin du monde nous attend à chacun, lorsque nous passons la porte. Le Ciel nouveau et la terre nouvelle sont notre espérance. Et le Royaume de Dieu nous attend. Et à la dernière heure, le Seigneur vient à notre rencontre. Nous en sommes tout à fait sûr, nous le savons bien, en effet, notre temps est limité. Nous sommes mortels, comme certainement les réalisations collectives aussi sont mortelles, les civilisations sont mortelles.
La question de la fin du monde nous concerne d’abord à titre personnel comme la question de ce que nous faisons du petit temps qui nous reste à vivre. Telle est l’injonction de Paul: le temps est limité, et ce que nous avons peut nous être enlevé, mais aussi, ceux que nous aimons et que nous pleurons. C’est pourquoi, on ne peut mettre notre espérance en ce seul monde qui passe. On ne peut prétendre que le temps est immobile, que nos attaches sont éternelles, et croire trouver refuge quand la marée monte qui nous emportera, vers d’autres rives, nous espérons.
Dans ce provisoire qu’est notre vie, le prophète Jonas adresse un message de conversion, c’est-à-dire tournez vous vers le Seigneur, dont l’amour ne passe pas. Nos refuges sont provisoires, telle la Grande Ville de Ninive avec ses maisons, ses places et ses rues. Nos refuges ne doivent pas nous détourner de Dieu, notre unique et véritable refuge. Notre abri. De même, Jésus, nouveau Jonas, plus grand que Jonas, annonce la venue du Règne de Dieu, que Dieu règne en nos cœurs par la conversion, et l’accueil de la Bonne Nouvelle de l’amour. Nous qui passons, mettons nos pas dans le Christ qui passe et traverse notre vie, nous emmenant là où rien ne passe et tout demeure.
Dans l’impermanence du temps, soit que jeunes nous nous percevions comme emportés en avant, soit que vieux, nous ressentions combien le temps a fuit en arrière de nous, l’Ecriture nous invite à rechercher les biens éternels, c’est-à-dire la permanence de l’amour divin, dès aujourd’hui, et jusqu’à notre fin personnelles, dés aujourd’hui, et jusqu’à la fin des temps. Quelque soit la figure que celle-ci puisse prendre, elle est la transformation du provisoire et du passager, en éternel et permanent. Et l’ultime mot revient alors encore à saint Paul, plus loin dans l’épître aux Corinthien: «Seul l’amour ne passera pas».
Amen.
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