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28 janvier 2012

Homélie du dimanche 29 janvier 2012


Lui, le Saint.
Homélie du dimanche 29 janvier 2012
Année B - 4ème dimanche du temps ordinaire

«Je ne veux plus entendre la voix du Seigneur mon Dieu, je ne veux plus voir cette grande flamme, je ne veux pas mourir!» Voilà ce qu’a demandé le peuple à Moïse, n’en pouvant plus d’être effrayé par les manifestations de Dieu au milieu d’eux. A cette demande le Seigneur a répondu en promettant la venue d’un «prophète». Ce passage de l’Ecriture nous enseigne une réalité profonde: nous ne pouvons pas supporter la présence de Dieu tel qu’en lui-même. Sa réalité divine est un feu trop brûlant pour que nous y résistions, pour que nous ne soyons pas comme emporté par elle. Cela nous explique pourquoi le Seigneur se révèle à travers des voiles, des intermédiaires, des médiations, comment il se fait connaître à nous de façon indirecte. Comme une lumière trop vive nous aveugle au lieu de nous éclairer. Comme un son trop fort nous assourdit au lieu de nous permettre d’entendre, l’amour divin dans son excès nous consumerait au lieu de nous faire vivre. Si nous nous plaignons parfois de ne pas voir Dieu, de ce qu’il ne vienne pas clairement se manifester à nous, nous ne savons pas ce que nous demandons. Le Seigneur est redoutable, non pas qu’il veuille autre chose que notre bien, mais nous ne sommes pas constitué pour supporter sa pleine présence. En un sens, il n’est guère étonnant que beaucoup le nie, car sa réalité est trop bouleversante. Il est normal que nous soyons nous-même tentés de nous en détourner, car on se détourne de ce qui nous dépasse. 
Un alcool pur brule, mais lorsqu’il est dilué dans l’eau et les arômes, il devient du bon vin. Le Seigneur ne se présente pas à nous-même sans voile, sans préparation, de sorte que nous ne soyons pas emporté par sa présence, et que notre liberté soit préservée. Ainsi, toute l’Ecriture témoigne des chemins patients et indirects par lesquels le Seigneur révèle au peuple de Dieu sa présence, la nature de son amour, son projet d’Alliance, et son action. Comme pour apprivoiser notre nature humaine, trop faible pour s’ouvrir sans crainte à sa divinité.
Finalement, cette logique par laquelle le Seigneur veut se faire connaître à nous afin que nous partagions sa vie et recevions la grâce de son amour, sans que cette révélation nous anéantisse ou nous opprime ou nous oblige, trouve son apogée dans le mystère de l’Incarnation. Pour que nous puissions connaître qui est Dieu, il s’est fait homme. Puisque l’homme ne peut supporter la présence de Dieu, trop immense, trop écrasante, Dieu a supporté la nature humaine. C’est par un homme qu’il s’est adressé à nous tel qu’en lui-même, selon la promesse faite déjà à Moïse: «Je ferai lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi. Je mettrai dans sa bouche mes paroles. Il leur dira tout ce que je lui prescrirai.»
Il y eut de nombreux messagers inspirés par le Seigneur, il convenait que dans les derniers temps, le Seigneur vienne lui-même révéler sa parole. Jésus est ainsi le visage et la parole de Dieu. Il n’y a pas de distance entre sa parole et celle de Dieu. Entre sa personne et celle de Dieu. Entre son amour et celui de Dieu. Le credo dit à ce propos: «il est Dieu, né de Dieu, Lumière, né de la Lumière, engendré, non pas créé et par lui tout a été fait». 
A chaque fois que nous contemplons la personne de Jésus, que nous nous attachons à ses paroles, que nous imitons ses gestes et attitudes, nous nous approchons pleinement de Dieu lui-même, sans plus le craindre, sans qu’il ne soit plus la présence redoutable, mais l’amour sauveur qui accepte de se faire l’un de nous, de demeurer parmi nous comme notre prochain et notre frère.
Ainsi, le passage de l’Evangile de saint Marc révèle, par la parole des démons la réalité de Jésus: il est le Saint, le Saint de Dieu. Parole mystérieuse à laquelle le Christ ne fait pas écho, sinon en faisant taire et en faisant fuir l’esprit mauvais. La sainteté de Dieu c’est sa nature même, nature redoutable, réalité absolue, présence brûlante. Et si l’humanité de Jésus voile sa nature divine aux yeux des spectateurs, il n’en n’est pas de même des esprit mauvais qui le reconnaissent. Les spectateurs de la scène ne reconnaissent pas le saint de Dieu en voyant Jésus. Mais lorsqu’il guérit cet homme blessé par les esprits mauvais, alors les spectateurs peuvent découvrir qui est Jésus ou au moins s'interroger sur ce qu’il est. Pourtant ils n’osent pas répondre à leur propre question: « Qu’est-ce que cela veut dire? Il enseigne avec autorité et il commande même aux esprits mauvais. » Ils savent bien ce que cela veut dire, et nous aussi. Mais ils n’osent pas le prononcer, et parfois nous non plus. Cela même les brûle déjà et les fait trembler que d’affirmer cela: celui qui chasse les esprits mauvais est donc le Saint de Dieu et Dieu lui-même au milieu de nous. Il n’y a pas d’issue, il nous faut donc le suivre et l’écouter et nous convertir à sa parole. Redoutable conclusion que l’esprit humain, faible par nature, rechigne à reconnaître et à assumer. Ces spectateurs du miracle approche cette vérité par des détours et avec les précautions qui les protègent de trop se livrer au Seigneur qui vient. 
Et nous, comment recevons nous cette vérité éblouissante et donc redoutable? Nous qui sommes les disciples de Jésus, nous proclamons que nous connaissons Dieu tel qu’en lui-même et que nous pouvons approcher sa nature redoutable en nous approchant de la personne de Jésus le Christ. A lui, nous demandons notre salut, notre guérison, notre force. Vers lui nous nous tournons pour qu’il nous enseigne les chemins qui conduisent vers le Père et qui nous font vivre. De lui, nous recevons en partage son Esprit de sainteté qui nous introduit dans la communion avec Dieu, encore sous les voiles, en attendant la pleine révélation. Sans lui, le ciel se ferme et la vie perd sa substance et sa force et son sens. Avec lui, nous communions déjà à l’amour de Dieu et nous sommes capables d’une vie vraiment spirituelle et digne de Dieu. Pour lui, nous pouvons donner notre vie, agir selon son commandement et sa parole d’amour. 
Amen.

18 janvier 2012

Homélie du dimanche 21 janvier


Fin du Monde

Homélie pour le dimanche 21 janvier 2012
Année B - 3ème dimanche du temps ordinaire

2012!
Le 12/12/2012!
Tremblez, braves gens, nous vous annonçons la fin du monde. C’est sûr, c’est le calendrier des Mayas qui le dit. Des annonces de fin du monde nous en avons connues d’autres, elles se succèdent et se ressemblent. Il est surtout étonnant qu’elles aient encore de l’écho!
Je me fais cette réflexion face aux textes du jour, qui nous invitent à réfléchir à ce que veut dire cette fin du monde. Le livre de Jonas raconte la conversion de la Grande ville Ninive devant la menace d’une destruction soudaine, en réalité pour inviter les lecteurs juifs à leur propre conversion. L’apôtre Paul affirme que le temps est limité, le monde est en train de passer. Et Jésus parcourt la Galilée en annonçant la venue de Règne de Dieu: les temps sont accomplis! Il y a sans doute un grand décalage entre les annonces récurrentes de fin du monde, qui se traduisent en film, en excitations diverses, sans qu’on prenne cela tellement au sérieux, et les propos bibliques sur l’accomplissement des temps.
D’ailleurs, qu’est ce que ça signifie, la fin du monde? C’est l’idée, de bon sens, mais le bon sens n’a pas toujours raison, que ce qui a un début aura une fin. Pour revenir au calendrier maya, nous avons appris, à l’occasion de ces annonces catastrophistes, qu’il s’agit d’un calendrier cyclique: plutôt que d’une fin du monde, il nous promettrait l’entrée dans une nouvelle ère… Voilà qui est bien plus rassurant, mais pas plus rationnel. Le temps a-t-il un début et une fin, ou bien est-il, à l’image des cycles annuels de la terre autour du soleil, une roue qui tourne sans fin? De même, l’histoire des hommes est-elle une flèche qui va on ne sait jusqu’où, portée par son élan, avant de retomber, ou bien est-elle un cycle recommencé de période de paix, et de guerre, de prospérité et de misère, «un temps pour bâtir, un temps pour démolir, un temps pour aimer, un temps pour haïr», dit le Sage dans le Livre de l’Ecclésiaste. La fin des temps est-elle un espoir de justice, quand les méchants sont punis et les justes récompensés, ou la crainte de catastrophes détruisant le monde et/ou l’humanité? Ou bien le temps n’est-il qu’un vaste chaos dans lequel les hommes érigent les frêles refuges de leurs réalisations, comme des enfants des châteaux de sable sur la plage, destinés à être bientôt emportés par la marée qui monte? Où sont les Egyptiens bâtisseurs de pyramides? Et, puisqu’on en parle, où sont les villes des Mayas, des Incas, des Aztèques, pavées d’or et de pierres précieuses?
La foi de l’Eglise, à la suite de la Bible, nous parle en effet de la fin des temps, et du retour du Seigneur quand les temps seront accomplis, pour une rénovation mystérieuse, un ciel nouveau et une terre nouvelle qui remplaceront le ciel et la terre anciens. Nous chantons cela à chaque eucharistie: nous proclamons sa mort et sa résurrection jusqu’à ce qu’il revienne… Avec le credo, nous disons: «Il reviendra dans sa gloire, pour juger les vivants et les mort, et son règne n’aura pas de fin». Mais aux disciples qui interroge Jésus pour savoir quand est-ce que cela doit être, il leur répond: «vous ne connaissez ni le jour, ni l’heure». 
L’idée principale est que le temps passe, que la figure de ce monde passe, comme notre vie passe. Je crois très important ce rapport entre notre destinée personnelle et la destinée universelle. Comme si notre vie personnelle reprenait en résumé la destinée universelle. Nous en sommes en effet certain, la fin du monde nous attend à chacun, lorsque nous passons la porte. Le Ciel nouveau et la terre nouvelle sont notre espérance. Et le Royaume de Dieu nous attend. Et à la dernière heure, le Seigneur vient à notre rencontre. Nous en sommes tout à fait sûr, nous le savons bien, en effet, notre temps est limité. Nous sommes mortels, comme certainement les réalisations collectives aussi sont mortelles, les civilisations sont mortelles. 
La question de la fin du monde nous concerne d’abord à titre personnel comme la question de ce que nous faisons du petit temps qui nous reste à vivre. Telle est l’injonction de Paul: le temps est limité, et ce que nous avons peut nous être enlevé, mais aussi, ceux que nous aimons et que nous pleurons. C’est pourquoi, on ne peut mettre notre espérance en ce seul monde qui passe. On ne peut prétendre que le temps est immobile, que nos attaches sont éternelles, et croire trouver refuge quand la marée monte qui nous emportera, vers d’autres rives, nous espérons. 
Dans ce provisoire qu’est notre vie, le prophète Jonas adresse un message de conversion, c’est-à-dire tournez vous vers le Seigneur, dont l’amour ne passe pas. Nos refuges sont provisoires, telle la Grande Ville de Ninive avec ses maisons, ses places et ses rues. Nos refuges ne doivent pas nous détourner de Dieu, notre unique et véritable refuge. Notre abri. De même, Jésus, nouveau Jonas, plus grand que Jonas, annonce la venue du Règne de Dieu, que Dieu règne en nos cœurs par la conversion, et l’accueil de la Bonne Nouvelle de l’amour. Nous qui passons, mettons nos pas dans le Christ qui passe et traverse notre vie, nous emmenant là où rien ne passe et tout demeure. 
Dans l’impermanence du temps, soit que jeunes nous nous percevions comme emportés en avant, soit que vieux, nous ressentions combien le temps a fuit en arrière de nous, l’Ecriture nous invite à rechercher les biens éternels, c’est-à-dire la permanence de l’amour divin, dès aujourd’hui, et jusqu’à notre fin personnelles, dés aujourd’hui, et jusqu’à la fin des temps. Quelque soit la figure que celle-ci puisse prendre, elle est la transformation du provisoire et du passager, en éternel et permanent. Et l’ultime mot revient alors encore à saint Paul, plus loin dans l’épître aux Corinthien: «Seul l’amour ne passera pas».
Amen.

12 janvier 2012

Homélie de dimanche 15 janvier 2012


Puissance de la Parole

Homélie du dimanche 15 janvier 2012
Année B - 2ème dimanche du temps ordinaire

Nous entendons deux textes de vocation. Le premier est la vocation de Samuel, le second, la vocation des premiers disciples de Jésus. Le constat commun que nous pouvons faire est qu’un appel est suivi d’un mouvement. Le Seigneur appelle Samuel, celui-ci répond en se levant et en courant vers son maître Eli. Les deux disciples entendent la parole de Jean Baptiste et suivent Jésus. Jésus leur dit « Venez vous verrez » et ils se mettent en route. Il est intéressant encore de constater que celui qui appelle accompagne aussi la démarche, comme André, qui interpelle son frère Simon et l’amène à Jésus. Celui-ci adresse la parole à Simon, et à son tour, il le suit. Nous avons donc des entrelacs de parole, d’appel et de mouvement, de mise en route.  Pour suivre le Christ il faut y avoir été appelé, d’une façon ou d’une autre, et l’appel du Seigneur nous met en route, nous met à la suite du Christ. La parole entraine un déplacement. L’appel, une transformation. Le mot met en mouvement. 
Nous constatons donc une vraie puissance de la parole. Une force du langage. Cette puissance met en mouvement les personnes et les peuples, c’est donc une grave responsabilité que de prononcer une parole devant les gens, car elle peut aussi bien les conduire à l’abîme. Nous nous rappelons tous avoir vu la parole du dictateur Hitler et ses conséquences dramatiques. Nous connaissons ces paroles de haine qui entrainent au crime et au meurtre. A l’inverse, nous savons la puissance d’une parole de paix ou de pardon. La puissance d’une parole de réconciliation. Une parole qui fait grandir, qui donne confiance, qui réconforte. La parole du Christ est de cet ordre-là et bien davantage encore. Elle est une parole qui sauve. Qui délivre les possédés et les pécheurs. Une parole qui relève. Une parole qui fait grandir : comme Simon qui devient Kephas, le rocher solide. 
Cette parole, nous la rencontrons dans l’Evangile, la parole du Seigneur y est toujours vivante et puissante. Elle est le grand motif de crédibilité de notre foi. Nous pouvons avoir ressenti la présence de Dieu à telle ou telle occasion. Nous pouvons avoir eu parfois la perception sensible du Seigneur. Mais au bout du compte, nous nous mettons à la suite de Jésus à cause de sa parole. Cette parole nous devons donc la fréquenter. Elle nous est donc proposée chaque dimanche en nourriture. Elle nous est proposée chaque jour, au cours de la messe quotidienne. Elle est disponible dans les Bibles et les Evangiles qui reposent peut être trop tranquillement sur une étagère, revêtus d’une fine couche de noble poussière. Ouvrons-les car comment croire sans entendre le Seigneur? Comment ignorer qu’au moment de doute ou d’affliction, au moment de détresse ou d’obscurité, au moment de trouble, d’inquiétude, d’incertitude, nous pouvons Jésus est celui qui a prononcé telle ou telle parole. Et que cela a été dit, puisque je l’entend. Et que cela est puissant plus que toute autre parole humaine. Comme le dit le même Simon Pierre en un de ces moments de trouble : «A qui irions nous, Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle». Vraiment à qui irions-nous? Quelle parole plus grande et plus belle, plus libératrice, et plus forte, plus emplie d’espérance et plus comblée de sagesse pourrions-nous trouver?
La parole du Seigneur est crédible parce qu’elle n’est pas une parole de mot seulement, elle met en route, elle met en mouvement. Comme cette parole adressée au disciple aujourd’hui, qui ne savent pas trop ce qu’ils cherchent: «Maître, où demeures-tu?» nous pourrions dire nous même: «Maître, où es-tu?» et Jésus leur répond: «venez et vous verrez». Mettez vous en route, accompagnez le Christ sur ses chemins, vivez selon sa parole et son enseignement, et demeurez, restez auprès de Lui. Cette parole est crédible parce qu’au bout du compte, elle donne ce fruit ultime: nous permettre de demeurer auprès de Jésus. Rappelez-vous Marie, la sœur de Marthe, qui demeurait au pied du Christ buvant ses paroles, s’en rassasiant, comblant son cœur et son âme de la parole vivante de Jésus, celui-ci répondant aux reproches de sa sœur Marthe par ces mots : «elle a choisi la meilleure part, qui ne lui sera pas enlevée». La parole de Jésus est cette meilleure part. Quoiqu’il puisse advenir dans l’existence, c’est une part qui ne nous est pas enlevée. Accrochons nous et accrochons nos vies à la Parole de Jésus. Il est la parole faite chair, parole nous rejoint dans notre propre chair, dans notre existence la plus quotidienne. 
Cette parole du Christ est aussi vocation, appel. Car elle s’adresse toujours à chacun de nous dans l’intimité de son cœur. L’Esprit Saint accompagne la parole de Jésus et qui la fait résonner depuis les berges du lac de Galilée jusqu’en nos foyers, nos églises, nos chambres où nous recueillons cette parole. Par l’action de l’Esprit Saint, la parole devient vraiment une parole pour moi. A chaque fois que vous entendez la parole de l’Evangile, à chaque fois que vous ouvrez la Bible, priez une brève invocation à l’Esprit Saint et demandez: «Seigneur, comment cette parole s’adresse à moi?»
La parole de Jésus que nous recevons dans l’Esprit Saint nous donc met en mouvement. Cela peut nous effrayer, nous intimider. Pour vaincre cette peur face aux conséquences où nous entraineraient une écoute confiante de la parole et une réponse généreuse, il faut dire que savoir où cela nous conduit n’est pas important, car seul importe la certitude qu’écoutant sa parole, nous faisons le premier pas avec le Seigneur, et qu’il sera là pour le pas suivant et ainsi de suite. Les disciples qui se mettent en route ignorent tout de ce qui les attend, de là où Jésus les conduit. «Venez et vous verrez» leur dit-il. Ils se laissent conduire par Jésus qui les accompagne. Nous qui voulons nous laisser déplacer par la parole du Christ, ne nous inquiétons pas de là où cela nous conduit, mais seulement d’y apporter, rien que pour aujourd’hui, une réponse généreuse et déterminée, source de joie et d’accomplissement. Car sa parole est notre nourriture. Sa parole est sagesse. Sa parole est source de vie. 
Amen.
   

Catholique Anonyme


10 janvier 2012

04 janvier 2012

Homélie du dimanche 8 janvier, fête de l'Epiphanie


Eclairé et cependant caché

Homélie du Dimanche 8 janvier 2012
pour la Solennité de l'Epiphanie

Nous célébrons aujourd’hui la fête de l’épiphanie. Commençons donc par un peu de vocabulaire. Le mot «épiphanie» est directement transcrit du grec epiphaneia, du verbe epi-phaino, c’est-à-dire: faire paraître devant, faire voir, se montrer à. Bâti sur le verbe phaino, faire briller, rendre visible, montrer, faire connaître. L’épiphanie est à la fois une manifestation, le fait de se montrer, mais aussi une lumière brillante qui éclaire. La nuit on ne voit rien, et il faut l’instrument de la lumière pour que les choses et les êtres sortent des ténèbres. L’épiphanie contient la chose éclairée et l’instrument de son illumination. Le passage de l’Evangile est ainsi tissé du vocabulaire de la vision, et pas n’importe quelle vision, la vision d’une étoile lumineuse, qui apparait soudain et brille dans la nuit, éclairant le chemin des mages. Ils ont vu l’étoile, celle-ci apparaît, ils la voient encore désigner l’endroit où se trouve l’enfant. Ainsi l’étoile, manifestation elle-même, a demandé à être interprétée par les Sages qui viennent d’Orient, puis par les Sages d’Israël afin qu’on ne s’arrête pas au signe, mais que l’on accède à celui qu’il convient d’adorer.
Dès le départ, l’épiphanie, la manifestation du Seigneur est donc paradoxale: à la fois visible et cachée! Etrange manifestation qu’une manifestation qui, plutôt que se montrer, demeure cachée, n’est-ce pas? Pourtant, c’est bien cela. Le signe éclatant de l’étoile demande à être interpréter, et il n’est que l’instrument, l’indice qui conduit à Celui qui se manifeste réellement, et qui demeure pourtant caché. Car la lumière n’est pas ce qu’il faut voir, mais ce qui fait voir la chose cachée. Ainsi de l’étoile et de la chose cachée, l’enfant nouveau-né. Caché à Hérode en effet, qui aimerait savoir où se trouve cet enfant caché, afin de supprimer ce qu’il juge comme une menace sur son trône. Caché aux Sages d’Israël, qui savent que le messie doit naitre à Bethléem, mais qui ignore qu’il est effectivement né, n’ayant pas su voir ou interpréter l’étoile, aveugle à sa lumière qui les aurait conduit à l’Auteur de la lumière.
Nous célébrons l’épiphanie du Seigneur. Mais attention, nous ne célébrons pas un événement passé, mais «l’épiphanie du Seigneur», c’est-à-dire si on le traduit encore, le Seigneur qui se montre, qui est paru devant nous. Au temps de la naissance du Christ comme aujourd’hui, le Seigneur se donne à voir et se manifeste. Mais toujours selon le même paradoxe : le Seigneur se montre de façon éclatante et toujours cachée. Car il nous faut une certaine lumière pour que se voit celui qui est caché. Lumière d’une étoile. Encore faut-il voir l’étoile. Encore faut-il interpréter l’étoile. Encore faut-il suivre l’étoile. Encore faut-il se prosterner et offrir ses présents précieux, portés silencieusement et secrètement jusqu’au Seigneur.
Où trouverons nous l’étoile qui nous conduira vers le Seigneur? D’où viendra-t-elle l’éternelle lumière qui dévoilera à nos yeux la gloire cachée du Seigneur, qui dans la chair est venu et s’est autant voilé ? N’est-elle pas l’instrument du Seigneur qui veut nous conduire jusqu’à lui, selon ses chemins mystérieux et pourtant lumineux, ses chemins qui nous font avancer et croître dans la foi, la joie et l’adoration? Où trouveront-nous l’étoile et sa lumière, qu’elle éclaire notre route ?
Comprenez que la Gloire du Seigneur est une clarté invisible à nos yeux de chair. Une clarté brulante. Il faut être mort pour pouvoir la contempler. Le Seigneur Dieu n’est pas accessible à nos sens ni à nos pensées. Il ne se réduit pas à nos opinions. Ni aux quatre lettres D-I-E-U par lesquelles les hommes ont de tous temps habillés leur ignorance. Mais le Seigneur n’a pas hésité à habiller lui-même sa Gloire d’une chair humaine et accessible à nos sens pour que nous puissions entendre la Parole ineffable, contempler celui qu’on ne peut voir, adorer celui qui est au-delà de notre attention, toucher même celui qui est intime à toute chose est donc accessible à aucune. Le Seigneur a habillé sa Gloire de la nature humaine, et le voilà petit enfant couché dans une mangeoire… Et le voilà, prophète du Royaume parlant avec autorité sur les chemins de Palestine. Et le voilà, qui de ses mains, de sa bouche a touché et embrassé les misères humaines leur laissant les signes du salut. Et le voilà, condamné souffrant sur la croix. Et le voilà corps mort déposé au tombeau, emmailloté de lange et couché dans la mangeoire du tombeau (oh combien mangeoire est un tombeau…).
Pourtant, la chair qui dévoile la Gloire divine de l’Eternel est en même temps ce qui la voile aux yeux du plus grand nombre. Aux yeux des sages savants pleins de sciences et de connaissances, aux yeux des Hérode impitoyables et aveuglés par le pouvoir, ignorants du pouvoir du tout-puissant, aux yeux des pauvres et des riches, aux yeux des humbles et des grands, des jeunes et des vieux. Ah! quelle grâce permit aux mages d’Orient de découvrir le sens de l’étoile et de la suivre et ainsi d’être conduit devant l’enfant, et d’ouvrir leur coffrets d’offrandes devant le coffret de chair où le Très-Haut s’ouvre en offrande, petit enfant emmailloté dans la mangeoire! Nous, nous sommes comme au temps des mages, de malheureux chercheurs d’indices, d’aveugles guetteurs d’étoiles, et nous prions pour que nous vienne la lumière qui nous éclairera la chose cachée !
Mais dire cela est en même temps injuste et ingrat envers le Seigneur qui s’est fait si proche. Ne sommes-nous pas réunis en effet pour célébrer sa manifestation ? Le chemin ne nous est-il pas éclairé par ceux qui nous ont précédés ? Les mages, la Vierge, Jean le baptiste précurseur, les apôtres envoyés, les saints, nos pères ? Ne donnerai-je pas trop vite le beau rôle à notre prétendu aveuglement qui n’a plus l’excuse ni des sages d’Israël qui ignorait la venue, ni même du méchant Hérode craignant pour son trône, car nous, nous ne pouvons pas dire que nous ne savons pas, n’est-ce pas? Cette lumière de l’étoile n’est-elle pas éclatante en chaque page des Saints Evangile? La Gloire de Dieu venue dans la chair ne reste-elle pas à la fois voilée et manifestée dans le Corps eucharistique, emmailloté et couché dans la mangeoire où nous irons le prendre ? Par l’onction sainte du baptême, n’avons nous pas, été nous-mêmes marqués par l’étoile afin d’être les mages de ce temps, pour découvrir dans ce monde obscur la présence du Très-Haut venu Très-Bas ? Il nous revient d’entrer dans la maison, de tomber à genoux, de nous prosterner devant Lui et de lui offrir nos présents, l’or de notre charité, l’encens de notre adoration, la myrrhe de notre existence mortelle, à Lui qui nous conduira vers la vie.
Amen.

21 décembre 2011

Homélie de la nuit de Noël


Annoncé par les anges

Homélie de la nuit de Noël
samedi 24 décembre 2011

Comme voulaient l’évoquer les quelques scènettes qui ont ouvert notre célébration, nous sommes ce soir comme les bergers autrefois, invités par des anges à venir nous réjouir de la naissance du Sauveur, le messie, le Seigneur. Comme les bergers, nous avons été invités par quelque ange à nous rassembler ce soir, à quitter nos bergeries, nos prés, les troupeaux de moutons de nos occupations, sans parler de nos occupations moutonnières. Quel ange vous a donc appelé, quel messager du ciel vous a invité? L’ange «tradition», peut-être, l’ange «magie de Noël», ou l’ange «souvenir d’enfance», l’ange «papa et maman m’ont dit de venir», l’ange «fêter le petit Jésus», l’ange «beauté de la crèche», l’ange «chanter les cantiques de Noël», l’ange «foi de mes pères», l’ange «glorifions Dieu», l’ange «célébrons la naissance du Sauveur», l’ange «je suis chrétien», l’ange «j’ai vu de la lumière je suis entré», l’ange «c’est tellement nul à la TV, on est mieux là», l’ange «mais enfin, on a toujours été à la messe de Noël», tous ces anges invisibles qui par leur discrète médiation nous ont conduit ici devant un mystère que nous ne saisissons pas, tous ces anges, nous les remercions, nous leur rendons hommage.
Je veux dire, nous savons ce que nous célébrons et pourquoi nous sommes là, en même temps, comme les bergers de l’Evangile, nous sommes aussi un peu là par hasard… sans vraiment savoir ce que nous y faisons… Célébrer  la naissance du Christ, le sauveur, le messie, célébrer la naissance de Jésus, le Fils de Dieu né de la vierge Marie. Il y a tant de gens pour qui ces mots ne peuvent rien signifier, ou alors d’étranges coutumes, que nous percevons davantage l’étrange grâce d’être là ce soir, que, oui, sans doute il y a des anges dans notre vie qui sont venus nous appeler, nous réveiller, nous faire quitter notre bergerie, nos prés et nos moutons.
Ces anges viennent chanter à nos cœurs la gloire de Dieu, nous assurant qu’ils ont une grande et belle et bonne nouvelle à nous annoncer. Et que dit notre cœur de cette nouvelle ? Qu’est-ce donc pour nous qu’une bonne nouvelle ? Vous l’avez entendu tout à l’heure : si quelqu’un vient vous dire : « je t’annonce une bonne nouvelle », qu’allez vous penser ? Qu’est-ce, pour vous, aujourd’hui, qu’une bonne nouvelle ? Retrouver la santé ? La fin du chômage ? La fin d’une solitude difficile à vivre ? Une réconciliation ? La joie des proches rassemblés ? La naissance ou la promesse à venir d’un enfant ? Tout cela est grandement désirable en effet. 
C’est pourquoi c’est une chose redoutable d’annoncer à quelqu’un une bonne nouvelle. Qui sait s’il l’a reçoit en effet comme une bonne nouvelle pour lui plutôt que comme une nouvelle indifférente, qui ne le concerne pas, qui ne répond pas à ces besoins, ou pire, comme une nouvelle révoltante ? Je pense à ce passage de la Bible, où un messager vint annoncer tout fier au roi David une grande victoire contre des rebelles, mais aussi la mort de son fils qui conduisait ces mêmes rebelles… La bonne nouvelle du messager était un désastre pour le roi. 
Annoncer un sauveur à chacun, est-ce donc bien prudent ? opportun ? Pourtant, ce sont les anges, ils doivent savoir ce qu’ils font et de quoi ils parlent ! Rassemblés par ces mêmes anges comme autrefois les bergers, nous sommes invités à accueillir cette bonne nouvelle-là, la naissance du sauveur. Une étrange bonne nouvelle, oui, une nouvelle inattendue, et certes on ne l’attend pas! Une si étrange bonne nouvelle qu’il est d’ailleurs étrange que les anges soient si sûrs qu’elle est une bonne nouvelle pour chacun ici présent, au-delà des ses préoccupations personnelles, de ses propres aspirations, de ses attentes particulières. Qu’elle soit une bonne nouvelle autant pour les bergers appelés autrefois dans les environs de Bethléem et les bergers que nous sommes ce soir, rassemblés depuis les environs de L’Isle-Jourdain. 
Une bonne nouvelle qui vient ainsi sans qu’on la demande exige de nous un changement profond de point de vue. Nous sommes tellement habitués à juger des choses en fonction de nos désirs, et à ignorer ce qui n’entre pas dans le champ de nos attentes. Or, les anges nous portent une nouvelle inattendue et qui dépasse ce que nous pouvons désirer. Allons-nous la recevoir comme un cadeau inapproprié, inadapté à l’âge ou aux goûts d’un enfant qu’on surprend ensuite à jouer avec le papier d’emballage du cadeau délaissé ?
Je crois à l’inverse que ce cadeau du Ciel, cette nouvelle d’un sauveur est destinée aux petits enfants, que nous devrions être encore devant le Seigneur Dieu. Accueillir avec la simplicité du cœur de l’enfant que, oui, nous avons besoin d’un Sauveur dans nos vies. Que, oui, tous les êtres humains sur terre, hier, aujourd’hui comme demain, oui ils ont besoin d’un sauveur. Non pour réaliser peut-être leurs souhaits ou ce qui leur semble important, mais un sauveur qui vienne répondre aux besoins les plus fondamentaux de nos êtres et de nos âmes. Sauveur de l’humain de notre humanité, Sauveur de ce que nous sommes devant Dieu. Sauveur de notre figure éternelle. C’est pourquoi ce sauveur ne prend pas les habits éclatants des marchands de miracles, mais les langes d’un nouveau-né démuni. Le salut de notre âme et de notre être est dans le regard de ce nouveau-né, qui nous attend à la crèche, et qui, dans son dénuement inoffensif, dans sa nudité impuissante, fait écrouler les murs de nos craintes et de nos attentes et de nos manques, pour nous réconcilier avec nous mêmes, avec Dieu, et avec nos frères. 
Délivrés alors de tous ces désirs qui nous font craindre le lendemain, emplis d’une joie nouvelle, qui n’est pas celle de notre assouvissement, nous rejoignons les anges dans la proclamation de la Gloire de Dieu rendu présent dans le nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire.

Amen.

19 décembre 2011

Fête des peuples


Horaires de Noël

Messes le 24 décembre à 18h00: Ségoufielle et Auradé 
et à 21h00, L'Isle-Jourdain et Cologne
Messes le 25 décembre à 10h30, L'Isle-Jourdain et Ardizas.

Bonnes fêtes de Noël!

16 décembre 2011

Homélie du dimanche 18 décembre 2011


Etonnement de l'ange

Homélie du dimanche 18 décembre 2011
Année B - 4ème dimanche de l'avent.

L’ange Gabriel est très occupé, très sollicité, dans les débuts de l’Evangile de Luc!  Il fut d’abord envoyé à Zacharie, pour lui annoncer la naissance de son fils Jean, qui deviendra le Baptiste. Une intervention solennelle et troublante, dans le saint du temple d’Israël, au moment du sacrifice, où l’ange se présente lui-même par ses mots: « Je suis Gabriel, qui me tient devant Dieu. J’ai été envoyé pour te parler et t’annoncer cette bonne nouvelle ». 
Gabriel est un nom qui en hébreu signifie soit «homme de Dieu», soit «Dieu est ma force». Cet ange apparaît pour la première fois dans la Bible au livre de Daniel, dans une mission d’ange interprète, ou le prophète entend une voix forte dire : «Gabriel, fais-lui comprendre la vision». D'ailleurs le terme d'angelos signifie lui-même en grec l'envoyé. La tradition juive connaît Gabriel comme un des quatre anges qui se tiennent devant la face de Dieu, chef des armées divines, préposé au paradis, frappant les anges rebelles, bref, une figure plutôt redoutable. 
Six mois plus tard, c’est pourtant le même Gabriel qui est envoyé par Dieu auprès de Marie, et l’ambiance est bien moins solennelle. On n’est plus au Temple, mais à Nazareth, au domicile de cette jeune fille. Alors qu’il s’est adressé à Zacharie, et non à Elisabeth pourtant très concernée par la naissance à venir de Jean, ce n’est pas à Joseph que l’ange parle ici, mais directement à Marie. L’ange Gabriel s’adresse donc à  Marie, et cette intervention ne peux pas ne pas troubler la jeune fille. Mais l’ange se montre patient et bienveillant, il la rassure avec douceur, il n’est pas du tout l’ange redoutable qui priva Zacharie de la parole pour prix de son trouble et de ses questions. Il me semble qu’entre les deux interventions de Gabriel, qui se suivent immédiatement dans le texte de l’Evangile, nous sommes passés de l’Ancien Testament à l’Evangile. De la Première à la Nouvelle Alliance, laquelle, tissée par l’incarnation du Verbe de Dieu en la personne de Jésus, est déjà à l’œuvre dans l’annonce faite à Marie. 
Il est vrai que Marie y est pour quelque chose. Zacharie a douté, lui, devant l’annonce. Il demande un signe: « à quoi le saurai-je? » Tandis que Marie ne doute pas, mais s’interroge ou s’étonne simplement: « Comment cela se fera-t-il? » Laissons nous enseigner par cela: nous pouvons nous étonner de la puissance de Dieu à l’œuvre dans le Christ et dans l’Evangile, mais nous ne pouvons douter. 
L’étonnement, émerveillé, devant l’accomplissement du dessein de Dieu ravit les anges, qui eux-mêmes sont des grands étonnés  éternels qui se tiennent devant la face de Dieu sans jamais être rassasiés de leur étonnement. Mais douter que Dieu, le Très-Haut, le Seigneur des Univers, le Créateur des mondes visibles et invisibles, lui qui a tissé toute la Création, et qui en connaît tous les secrets, douter qu’il puisse faire naître un enfant du commerce de deux vieillards stériles, ou qu’il puisse engendrer par la seule puissance de l’Esprit divin un enfant au sein de Marie, nous ne le pouvons pas. S'étonner, oui! Douter, non... Ou alors autant douter de Dieu. 
Zacharie est frappé de mutisme parce qu'il n'a pas su s'étonner mais seulement douter, tandis que Marie exclamera en son magnificat le cri de l’étonnement devant la grandeur de Dieu, sa bonté, et son abyssale simplicité, lui le Très-Haut qui vient visiter une jeune fille en son humble demeure. Nous pouvons douter de la puissance des princes de notre temps, qui n’osent entrer dans la demeure des simples gens, qui ont oublié ce qu'est la demeure des simples gens, mais nous ne pouvons que nous émerveiller de la grandeur de notre Dieu Très-Haut, qui est aussi bien le Très-Bas courbé devant la jeune fille de 15 ans qu’est Marie.

Bref, l'ange suscite l'étonnement, et il n'en attend pas moins, lui qui, dans l'affaire, est le premier étonné. La salutation de l'ange à Marie diffère ainsi grandement de ses premières paroles à Zacharie. La présence de l'Ange devant cet homme exerçant le culte dans le Temple est d'abord silencieuse et redoutable, et devant le trouble de Zacharie, il lui dit: " Ne crains pas car tes prières ont été exaucées" Tandis qu'auprès de Marie, quelle simplicité! L'ange entra et dit. Pas de silence, pas de redoutable présence. Il entra et dit seulement ces douces paroles étonnées, "je te salue Marie, comblée de grâce". L'humble posture de l'ange messager lorsqu'il se tient devant Dieu, est encore la sienne, similaire, alors qu'il se tient là, devant Marie. En effet, en présence de cette jeune fille, il se découvre en même temps en présence de son Dieu, déjà là en elle. 

A l'étonnement de l'ange, répond l'étonnement de Marie. Ce qui trouble Marie, selon le récit évangélique, n'est pas la présence de l'ange laquelle avait pourtant remplie de crainte le vieux Zacharie, mais la salutation elle-même. Marie s'étonna moins de la visite d'une ange (n'est ce pas le propre des anges de venir visiter les hommes, après tout) que de la salutation angélique, qui elle signifie que le Très-Haut a comblé de grâce une humble servante. Pour traduire cette situation paradoxale, des artistes ont souvent représenté l'ange Gabriel à genoux devant Marie, dans la posture de la salutation faite à une reine, une grande dame, et en effet, c'est une reine et une grande dame, celle à laquelle l'ange peut dire "Comblée de grâce". L'étonnement n'est pas tant dû à la présence de l'ange, qu'à son agenouillement au pied d'une petite fille.

Nous pourrions continuer à contempler cette scène admirable de l'Annonciation, mais je voulais simplement vous inviter à l'étonnement, à partager l'étonnement de l'Ange messager devant le mystère de Noël, devant le mystère du salut, le mystère du Dieu venu faire sa demeure au milieu de nous. Le mystère de ce Dieu qui n'attend pas de nous que nous lui bâtissions des demeures ou des temples, puisqu'il est venu planter lui même la tente de la rencontre dans notre histoire, au milieu de nous, ses créatures. Le Seigneur ne s'est pas fait ange, il s'est fait homme, et cette étonnante bonne nouvelle étonna même les anges du Ciel. 

Amen.